Histoire de fratrie

On me demande souvent ce que cela change au quotidien d’avoir plusieurs enfants. Il n’y a pas exactement de réponse “toute faite”, pas de secrets véritablement car tout le monde se doute plus ou moins des changements. Je vais pourtant essayer de vous donner un aperçu de mon quotidien et je pense que vous y trouverez les réponses.

Avoir plusieurs enfants, c’était un souhait. Je ne voulais pas d’un fils unique car … je suis moi-même fille unique et en grandissant, j’ai vu que j’avais, malgré moi, “raté” quelques précieux moments de vie. Qu’on se le dise, être enfant unique c’est loin d’être idyllique. On nous dit souvent qu’on “a été trop gâté “alors oui peut-être, c’est vrai mais grandir seul(e) n’est pas un véritable cadeau. Quand on est petit, on se dit que c’est très sympa car on a toute l’attention de nos parents, un amour “exclusif” qui nous est entièrement dédié, on n’a pas à partager et c’est là tout le problème … en grandissant, je me suis rendue compte des “vrais problèmes” de l’enfant unique. Mes ami(e)s partageaient des moments de vie (bon ok pas toujours réjouissants !) avec leurs frères et soeurs respectifs. Moi, je ne les avais pas. Quand je rentrais chez moi, après les cours, j’étais seule. Personne pour m’embêter, personne pour me voler mon téléphone, personne pour se disputer avec moi au sujet des parents…. J’ai appris à me faire une raison. J’ai accepté. Je me suis entourée d’ami(e)s. Mes parents ont tout fait pour combler ce manque mais … qu’on le veuille ou non, il y en a toujours un qui persiste. J’ai grandi dans ma bulle, dans un petit monde soigneusement ordonné. Et j’ai fait “avec” jusqu’au jour où je suis devenue vraiment une adulte, où j’ai rencontré Monsieur. Cette “histoire de frères et soeurs” m’est revenue comme une violente claque en plein visage. J’avais un peu oublié. Lui, il avait grandi entouré. Il occupait la place de cadet. Malgré les aléas de la vie, les différences, à ses côtés, j’ai vu à quel point avoir un frère et une soeur était important. On ne s’entend pas sur tout, on ne mène pas la même vie, on ne se comprend pas parfois (souvent), on se taquine, on cherche la petite bête mais il y a quelque chose qui nous réconcilie tous, qui fait que la famille existe : la fratrie. Ce lien de sang qui ne s’effacera jamais, indélébile, irréversible. Il m’a fallu du temps pour comprendre car c’était pour moi l’inconnu. Tout n’est pas rose mais on apprend à pardonner, à écouter car oui, on est frère et soeur. Avec la naissance des garçons, ce lien a pris encore plus de sens à mes yeux.

Je ne voulais pas que Gabriel soit et reste seul. Pourtant, à sa naissance, je me suis dit que je ne renouvellerai pas l’expérience de la grossesse ni de l’accouchement, tous les deux chaotiques. Le temps a fait son oeuvre. Comme bien souvent, les choses s’apaisent. On apprend à oublier certaines choses, parfois traumatiques, et on garde alors le meilleur. On se raccroche au quotidien. On m’a toujours dit d’apprendre à ne pas vivre dans le passé et à avancer, à saisir les moments précieux. Tous ceux passés avec Gabriel étaient indubitablement les meilleurs moments de ma vie. Je ne regretterais rien. Je pouvais tout recommencer mais je n’arrivais pas à me décider réellement. Une peur persistait. La vie a “forcé” les choses. Je suis tombée enceinte quelques temps après. Une grossesse plus ou moins compliquée, comme la précédente, mais un bonheur indescriptible lors de la naissance et des premiers instants de vie. On vit à nouveau ce qu’on a déjà vécu mais avec plus d’aisance. Tous les “repères”, les automatismes reviennent systématiquement. Et là, on esquisse un sourire de satisfaction parce qu’on se dit que ça sera sûrement plus facile … erreur de débutante !

Quand Gabriel a rencontré son frère pour la première fois à la maternité, il l’a ignoré tout comme il avait ignoré ma grossesse. Désintéressement total. Là où d’autres enfants s’investissement et manifestent l’envie de rencontrer leur petit frère ou leur petite soeur, le mien restait de marbre. Ce jour-là, on a eu un peu peur pour la suite. Je me souviens que cela m’avait beaucoup contrariée. Je n’avais presque pas dormi de la nuit. Il est revenu le lendemain métamorphosé. Son frère était réellement devenu son frère. Il remettait sa couverture, lui donnait son biberon, lui faisait un petit bisous. Un déclic ! Incompréhension totale mais c’était bel et bien parti ! Un lien avait commencé à se tisser. Le retour à la maison s’est fait dans de bonnes conditions.

Dès le début, j’ai mis un point d’honneur à ce que mes deux fils soient ensemble une grande partie de leur journée même s’ils n’avaient pas le même rythme : biberon du matin et du soir, bain, moments de lecture ou de jeux, promenades, etc. Gabriel voulait sans cesse son frère à ses côtés. Les moments où il jouait étaient un peu compliqués car Charles était bien trop petit pour pouvoir déjà participer. Comme tous les bébés, il restait allongé sur une couverture mais ne quittait pas son frère des yeux. Je l’ai très peu mis dans le parc, de ce fait. Et puis, il a grandi (eh oui malheureusement !) et il a commencé à saisir des objets, à s’asseoir, à se retourner, à marcher à 4 pattes. A 15 mois, il joue maintenant activement avec Gabriel. Il adore détruire son circuit de train mais aussi mettre le bazar dans la cuisine. Il suit partout son frère même s’il ne marche pas encore, il rit à toutes ses bêtises et y participe activement ! C’est beaucoup de travail au quotidien car la gestion n’est pas la même (prochain paragraphe !) mais on s’y habitue et surtout, les moments bonheur sont doublés !

Au quotidien, on ne va pas se le cacher, avoir deux enfants ça change pas mal de choses ! La naissance d’un premier enfant fait que l’on prend une violente claque car … on ne vit plus de la même façon ! Alors imaginez un deuxième … on comprend tout le sens du mot “organisation”. Tout est plus ou moins calibré pour que l’on puisse tout gérer de la meilleure façon possible. Mes semaines, cette année, ont ressemblé à une véritable course contre la montre : entre l’école de Gabriel, l’assistante maternelle de Charles (beaucoup de péripéties à ce sujet d’ailleurs …) et mon travail. On a toujours peur d’être en retard (et d’ailleurs on l’est malheureusement très souvent), d’avoir oublié quelque chose, de manquer aussi quelque chose … Les journées ne sont pas assez longues pour faire tout ce qu’il y aurait à faire. On en vient à évoquer la fameuse “charge mentale” que toutes les mamans connaissent. Toutes ces petites choses auxquelles on doit penser, ce que l’on doit faire, ce que l’on ne doit pas oublier. On s’inflige un rythme de dingue entre la gestion des enfants, les courses, le ménage, le linge, le travail, les activités en dehors de l’école bref ! J’en parlerai dans un prochain article mais je pense que vous avez très bien saisi ce que j’évoque.

Quand je vous disais que tout est “calibré” niveau gestion de temps, c’est véridique et plusieurs mamans me l’ont attesté. On se lève de plus en plus tôt pour se préparer (on réduit le temps passé devant le miroir dans la salle de bain bien évidemment) avant le lever des enfants et on optimise chaque minute. Oui, ça paraît dingue mais … c’est vrai ! Le temps de la sieste est un bon moment pour faire un petit peu de ménage, s’occuper du linge, avancer dans son travail, préparer le repas du soir bref. Bon, il faut que les deux dorment en même temps sinon ce n’est pas drôle ! Le soir, lorsqu’ils ont mangé et qu’on les a couchés, on a l’impression qu’on a rien fait de notre journée … et on a encore moins envie de se mettre à faire du repassage ou à corriger des copies quand on est prof car on est fatigué il faut le dire !  Mes collègues me disaient souvent : ” On travaille le soir car la journée, c’est impossible avec les enfants”. J’esquissais un sourire car je me disais qu’avec Gabriel, j’avais toujours du temps. Il était plutôt calme comme bébé alors j’ne profitais. Aujourd’hui, il a bientôt 4 ans et je comprends pourquoi mes collègues m’avaient prévenue ! On se dit toujours : “pff c’est n’importe quoi, ils se plaignent, ils racontent des histoires, ils exagèrent, je trouve ça dingue !” mais finalement, la réalité nous rattrape et on se rend compte que le jugement est trop souvent trop hâtif !

Et puis il y a tous ces “petits” moments qui semblent plus difficiles à gérer avec deux enfants comme les courses dans un hypermarché (on dépense évidemment plus… ), le shopping (qui doit être très rapide et bien souvent, on finit par abandonner et se dire “on reviendra plus tard sans les enfants”), prendre le métro ou le bus (la poussette double est vite remplacée par la simple avec une planche où l’aîné se tient debout), aller au restaurant (sauf si celui-ci est adapté aux enfants) et surtout … s’accorder du temps pour soi ! Si vous êtes bien entourés comme moi, alors tout va bien. Ces petits instants rien qu’à vous sont précieux ; ils vous permettent de décompresser, de “souffler”, de profiter et surtout, de vous rappeler qu’avant d’être une maman, vous êtes avant tout une femme comme toutes les autres. Instants précieux aussi pour le couple car oui on a des enfants, on est parents, on fait plutôt bien notre job mais … on est aussi un couple. On existait à deux avant d’avoir nos enfants. Cette idée a pris beaucoup plus de sens à mes yeux lorsque Charles est né. Je me suis rendue compte que le temps passé avec Monsieur serait encore plus précieux.

En vérité, avoir plusieurs enfants, c’est le bonheur ! Vous aurez certainement du mal à me croire après avoir lu toutes ces bribes de vie. Un jeu improvisé dans le salon, un câlin furtif au réveil, une pause photo, une vidéo prise sur le vif, des anecdotes qu’on répertorie soigneusement dans un petit carnet pour eux …ça, c’est le bonheur, le vrai. Et finalement, on oublie qu’il est difficile d’être mère, d’être parents, car en les voyant chaque jour, on réalise ce que l’on a fait de plus beau jusqu’à maintenant : eux.

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Etre parents

Écrit par Alizée

Le journal de bord et les confessions d'une jeune maman qui aime écrire et partager son quotidien.

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