Enceinte, un véritable bonheur ?!

Je reviens sur le blog pour un tout nouvel article qui va en faire bondir plus d’une mais il me tenait à cœur et je tiens à l’assumer pleinement. Mes propos paraîtront peut-être un peu “bruts” ; je parle sans filtre et je m’en excuse par avance. Tout ceci est mon ressenti, mon expérience et rien n’a été déformé ou modifié.

Il faut l’avouer, et tout le monde le sait, il y a une forte image “positive” de la grossesse ; être enceinte, attendre un enfant, c’est le plus grand bonheur qui soit. Toutes les femmes enceintes sont belles, elles affichent fièrement leur petit (gros) ventre, elles sont habillées hyper tendance dans les pubs et les magazines à l’image de nombreuses stars, leur sourire est radieux, elles aiment caresser leur ventre et faire comprendre aux autres que oui, elles sont véritablement enceintes et qu’elles vivent le nirvana parfait bref, c’est le bonheur à l’état pur ! Et si tel n’était pas le cas pour certaines femmes ? Car oui, il y a des femmes qui n’aiment pas être enceintes, qui n’apprécient pas du tout ce nouveau corps qu’elles sont pourtant obligées d’accepter ; des femmes qui souffrent d’être enceintes, moralement et physiquement, qui n’en peuvent plus de cette “métamorphose” qu’elles subiront pendant 9 mois …. ces femmes doivent aujourd’hui se taire et ainsi, avoir honte de tenir de tels propos. Aujourd’hui, j’ai décidé de délier les langues car je fais partie de ces femmes qui ne sont pas heureuses d’être enceintes et qui n’attendent qu’une chose … le jour J où bébé pointera le bout de son nez.

Pour ma première grossesse, j’ai subi plusieurs inquiétudes, angoisses, doutes, traumatismes … j’avais une chance sur 75 d’avoir un enfant avec une malformation génétique (cas de trisomie). Je ne reviendrai pas sur les nombreuses péripéties et l’angoisse qui m’a habitée pendant presque 2 mois ; vous pourrez retrouver mon témoignage dans un précédent article. J’étais surprise d’être enceinte car ce n’était pas prévu, du moins aussi rapidement mais au-delà de tout, je suis devenue maman. Quand le verdict est tombé (clarté nucale trop épaisse, mauvaise prise de sang), j’ai désinvesti ma grossesse. Je me rappelle avoir tout mis dans une boîte. Je ne voulais plus me considérer “enceinte”. J’ai rejeté cette grossesse au plus profond de moi, celle qui me faisait chaque jour souffrir moralement et pleurer sans cesse. L’amniocentèse a été une “opération” qui restera longtemps dans ma mémoire car j’étais seule, face à cette aiguille. Interdiction de rentrer dans le bloc opératoire pour Monsieur. La douleur était pour moi très vive et j’ai compté les minutes où l’on prélevait les cellules du bébé. Les résultats ont tardé à venir … une semaine, puis deux, puis trois … au lieu des 72h théoriques. On m’a lâché les résultats en 2 minutes au téléphone un vendredi soir et à partir de ce moment là, mon ventre s’est arrondi. J’étais dans le déni jusque-là. Je n’acceptais pas. Je ne voulais plus accepter. J’avais développé un fort agacement face à ces femmes à qui rien n’arrive du projet de naissance jusqu’à l’accouchement. Les derniers mois ont été propices. J’avais un utérus contractile mais rien de vraiment douloureux. A 8 mois et demi, je continuais à aller à la salle de sport et à faire de la peinture chez moi. Et puis, au moment où le calme règle, tout vient à nouveau nous bouleverser. L’accouchement arriva, avec son profond traumatisme. Je pensais avoir bien géré mais ce fut l’échec quand je vis les forceps et l’épisiotomie. On ne me demanda pas mon avis. Gabriel devait arriver. Ce que je redoutais le plus se passa. On a beau dire qu’il y a dans la mémoire un programme qui fait que l’on oublie tous les mauvais moments de son accouchement, moi je n’oublie rien … et aujourd’hui encore je vis avec. On choisira de parler ou non de violences obstétricales … pour moi, ça l’était clairement. Je suis admirative face à mon Monsieur qui m’a vue autant souffrir sans jamais tourner de l’œil. Pour moi, ce fut une boucherie, ni plus, ni moins. La péridurale n’atténua que très peu la douleur ressentie. J’étais abîmée, comme mutilée … il n’y avait qu’à voir ce corps que je ne reconnaissais plus. Gabriel l’était aussi. C’était pour moi le pire. Forceps, ventouses, épisiotomie, tous ces mots qui ne devraient pas exister et qui vous traumatisent au plus au point une fois que vous les connaissez.

Comment aimer véritablement cette grossesse après tout cela ? Après elle, la naissance de mon fils venue, ce n’était pas encore fini. Il fallait bien encore des traces, des cicatrices : plus de vingt séances de rééducation du périnée, des mois sans rapport sexuel, une cicatrice qui résistait et ce corps que je n’acceptais plus. J’ai pleuré longuement face au miroir, dans les bras de mon mari, j’avais l’impression de ne plus être “femme”, j’avais l’impression de ne plus être à la hauteur. Avec le temps, tout guérit … je fais partie de ces femmes chanceuses qui ont vite retrouvé leur poids d’origine. Quand je regarde mon fils, je me dis que tout cela en valait la peine et que finalement, j’aurais pu tout accepter mais pour moi, c’était impossible, je n’aurais plus d’autre enfant, j’avais trop souffert. La plaie ne pouvait se refermer …

Et puis, il y a eu cette deuxième grossesse surprise. Décidément, la vie était bien généreuse ! Nous étions repartis dans cette aventure conscients de tout ce qu’elle pouvait engendrer. Je n’étais pas vraiment décidée même si j’avais mis toutefois de côté certaines de mes angoisses. La vie l’a été pour moi ; j’apprenais un 17 septembre 2017 que j’étais une nouvelle fois enceinte. On dit souvent qu’une grossesse ne fait pas l’autre … et pourtant ! Dès le début, j’ai été malade, des nausées presque toute la journée et une fatigue extrême que je n’avais pas eues pour Gabriel. Il y a eu aussi des complications vers le 2ème mois : la clarté nucale était bonne à l’échographie du premier trimestre ainsi que la prise de sang mais cela ne m’a pas empêchée d’avoir un hématome sur l’utérus qui menaçait clairement l’avenir de ma grossesse. Arrêts maladie, obligation d’être allongée pour limiter les saignements… j’ai vécu encore avec une angoisse et des doutes quotidiens. Bébé devait tenir bon. J’avais peur d’être imprudente au moindre mouvement, j’avais peur de faire mal et de me retrouver aux urgences dès que les saignements s’intensifieraient. J’ai fini par reprendre mon travail car la situation s’était améliorée mais je sentais bien physiquement, que j’étais déjà plus “limitée”. Une nouvelle fois : utérus contractile et douleurs ligamentaires. On m’annonce un “gros” bébé. On craint un diabète gestationnel ; je passe par le test du glucose au 6ème mois en plus des prises de sang mensuelles car non immunisée contre la toxoplasmose sans compter les deux piqûres de Rophylac (rhésus négatif). Clairement, j’en ai marre qu’on me pique, qu’on me demande de faire pipi dans des gobelets, qu’on m’examine le sexe tous les mois, qu’on me rappelle sans cesse ce que je dois éviter de manger ou de faire…. J’en suis aujourd’hui à la fin de mon 7ème mois et je n’en peux plus ! Une sciatique s’est déclenchée dernièrement. Je me sens entravée dans tous mes mouvements, je n’arrive plus à m’occuper de mon fils comme je le voudrais, je suis essoufflée comme une mamie de 70 ans ou une grande fumeuse, je ne dors pas beaucoup (et mal), je fais pipi toutes les vingt minutes bref, on dira “les joies” de la grossesse. Et encore, je ne suis pas à la fin … Je travaille un projet de naissance car je refuse de revivre mon précédent accouchement.

J’aurais vraiment aimé qu’on m’apporte mes deux bébés comme dans les films de Disney, avec une cigogne. Je fais de l’humour ! Je vois déjà certaines personnes s’insurger et se dire : ” Elle est sûrement pour les gestations pour autrui et autres trucs pour éviter à tout prix de porter un enfant”. La réponse est bien évidemment non. Je suis  contre les mères porteuses et je l’assume pleinement. Je m’oppose aussi à toutes ces mères clairement robotisées par leur corps de pin-up qui prennent un malin plaisir à s’afficher sur Insta’ ou Facebook et montrer des vidéos d’elles portant des poids, faisant des altères ou encore du kick-boxing. Ce n’est pas “naturel”. Ne pas accepter de prendre du poids et de voir son corps se transformer est un fait ; mettre la vie d’un enfant en danger en est un autre.

J’apprécie ce que la vie a pu me permettre d’avoir : un petit garçon (et un deuxième en prévision). J’admire tous ces couples qui se battent jour et nuit pour réussir à devenir parents ; mon article leur paraîtra très égoïste et je m’en excuse déjà auprès d’eux.

Je n’aime tout simplement pas le fait d’être enceinte : je ne me trouve pas belle, séduisante (et ce n’est sûrement pas les habits de grossesse qui m’aideront dans ma réflexion) je n’accepte pas mon nouveau corps ni le fait d’être entravée dans mes mouvements, parfois douloureux. J’aime sentir mon bébé bouger mais je ne vais pas m’extasier deux heures sur cet événement, porter un bola (pendentif de grossesse), mettre des hauts très significatifs (bébé en cours, pieds ou mains), faire du chant prénatal ou encore lui chanter des chansons. Ce n’est pas moi, tout simplement.  J’investis pourtant tout autant ma grossesse mais d’une manière différente : j’achète des petites affaires, je prépare la chambre, je remplis déjà l’album de naissance, je réfléchis au faire-part … c’est ça pour moi, bien vivre sa grossesse. Chacun a ses idées, son point de vue. Je sais que je peux être très critiquée mais peu importe. Je ne pense pas être la seule à avoir la franchise d’affirmer que la grossesse est loin d’être un véritable bonheur. J’ai vécu beaucoup d’événements très durs et pénibles mais d’autres mamans ont subi bien pire et je leur apporte tout mon soutien. J’aimerais juste que d’autres femmes aient le courage de l’annoncer.

Écrit par Alizée

Le journal de bord et les confessions d'une jeune maman qui aime écrire et partager son quotidien.

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